À Mme Louise Beaudouin,
Ministre responsable de la Charte de la langue française

Alme, le 25 janvier 1998

Madame Louise Beaudouin, Ministre responsable de la Charte de la langue française

Madame le Ministre,

Vous êtes sans conteste très jolie.

Sur ce, tous les membres de l'Académie française seraient d'accord avec moi, j'en suis persuadé.

Cependant, cette appréciation esthétique doit vous sembler aussi banale qu'à  moi lorsque vous êtes dans l'exercice de votre charge. Car alors, il ne s'agit pas de mettre en évidence le charme de votre sexe, mais la dignité de votre fonction.

Ce n'est donc pas votre féminité que l'Académie française méprise en refusant d'attribuer des genres grammaticaux fantaisistes et inusités à  des mots qui sont la propriété commune de tous les usagers de la langue française partout où elle se parle, mais son unité et sa propriété d'expression qu'elle défend.

Je dois donc vous faire part de mon désaccord avec les propos que vous avez tenus au Téléjournal de Radio Canada le 24 janvier, car vous avez usurpé et incité à  usurper l'autorité de l'Académie au nom d'une idéologie sans doute très respectable quant à  ses buts de justice et d'équité, mais dont les prétentions à  disposer à  sa guise de l'avoir linguistique commun est sans fondement.

Si par un impossible, Madame, vous me répondiez: "J'assure Votre Sagesse qu'elle sera écoutée et que jamais plus je ne me ferai appeler "la" ministre", ma modestie souffrirait cruellement, mais d'aucune façon ma virilité. Elle est ainsi, votre langue. Vous, qui l'avez eue dans le lait maternel, le savez mieux que moi.

Je vous prie d'agréer, Madame le Ministre, l'expression de mon profond respect,

Higinio Garcà­a, Néoquébéquois hispanophone

[Non publiée dans Le Devoir, Québec].

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